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Hardware et infrastructure

NAS, serveur ou cloud : choisir selon criticité et sortie

Trois questions règlent le choix entre NAS, serveur maison et cloud : l'effet d'une panne, la croissance prévue, le coût pour changer d'avis.

Le débat NAS contre serveur contre cloud est souvent posé sur le prix d'achat. C'est la mauvaise entrée. Un NAS peut être le bon choix pour un cabinet de cinq personnes et une erreur pour une PME dont la facturation s'arrête quand il tombe. Le cloud peut être raisonnable pour un besoin variable et ruineux pour un volume stable. La bonne entrée, ce sont trois questions, dans cet ordre.

Première question : que se passe-t-il si c'est indisponible ?

La criticité décide de tout le reste. Prenez chaque usage séparément : partage de fichiers, logiciel de gestion, messagerie, données clients, sauvegardes. Pour chacun, répondez à deux questions simples.

Combien de temps l'activité peut-elle s'arrêter sans dommage sérieux ? Une heure, une demi-journée, une semaine ? Et combien de données récentes pouvez-vous accepter de perdre ? Les dernières minutes, la journée précédente ?

Ces deux réponses dictent l'architecture, pas la marque. Un usage qui tolère une demi-journée d'arrêt et la perte de la veille se contente d'un équipement simple avec une bonne sauvegarde. Un usage qui ne tolère ni l'un ni l'autre exige de la redondance, un site de repli, ou un service managé avec des engagements écrits. Cela coûte plus, et c'est normal : vous achetez de la disponibilité, pas de la capacité de stockage.

Un point que beaucoup de petites structures ratent : un NAS à plusieurs disques protège contre la panne d'un disque, pas contre l'incendie, le vol, la suppression par erreur ou le rançongiciel. La redondance de disques n'est pas une sauvegarde.

Deuxième question : où serez-vous dans quelques années ?

La croissance change le calcul. Un volume de données qui double vite, un nombre d'utilisateurs qui augmente, de nouvelles applications : chaque trajectoire a un point où l'option choisie coince.

  • Le NAS atteint sa limite quand le stockage ou les accès simultanés dépassent ce que l'appareil sait faire. Passer au modèle supérieur est possible, migrer proprement n'est pas gratuit.
  • Le serveur sur site demande de dimensionner à l'avance, de renouveler le matériel, de payer l'électricité, la place et la compétence pour l'exploiter. Il est avantageux quand la charge est stable et prévisible, et inconfortable quand elle varie beaucoup.
  • Le cloud absorbe les variations de charge sans achat de matériel. Il fait payer l'usage, ce qui est une qualité quand l'usage fluctue et un défaut quand il est constant et élevé.

Je n'indique aucun seuil, parce que le seuil dépend de vos prix négociés et de votre usage mesuré. Faites tourner le calcul sur la durée de vie prévue du matériel, avec vos chiffres, en incluant l'exploitation et la sauvegarde, pas seulement l'achat. Le coût humain est le plus oublié : qui change un disque, applique les mises à jour de sécurité, surveille, répond quand ça casse ?

Troisième question : combien coûte un changement d'avis ?

C'est la question de la ligne éditoriale de ce magazine, et elle départage souvent des options à peu près équivalentes. Quel que soit votre choix d'aujourd'hui, vous en changerez probablement un jour. Regardez ce que cela coûte.

NAS. Vos données sont chez vous, dans des formats de fichiers courants. La sortie est en général simple sur le plan des données. Elle l'est moins si vous avez adopté les applications propriétaires du constructeur (synchronisation, sauvegarde, gestion d'utilisateurs) : ce sont elles qui créent la dépendance, pas le boîtier.

Serveur sur site. Si vous restez sur des systèmes et des formats ouverts, la sortie est maîtrisable. Si vous avez bâti sur des couches spécifiques à un éditeur, la dépendance revient par la licence.

Cloud. La sortie dépend du contrat et des services employés. Pour du simple stockage de fichiers, elle est généralement faisable. Pour des services managés aux interfaces propriétaires, elle se prépare dès la signature. Pensez aux frais éventuels de sortie des données, aux formats d'export, aux délais, et à ce que le contrat prévoit si vous partez.

La règle que j'applique : préférez les formats ouverts et les standards partout, et traitez toute fonction propriétaire comme une dette, avec une date d'échéance dans votre tête.

Sauvegarde : le critère qui ne change pas

Quelle que soit l'option, la sauvegarde est la même discipline. La CNIL et l'ANSSI convergent sur trois points concrets.

La règle 3-2-1 : trois copies des données (production plus deux sauvegardes), sur deux supports différents, dont une hors ligne. Elle est recommandée par les deux organismes. Pour l'ANSSI, une sauvegarde hors ligne est une sauvegarde sur un support déconnecté de tout système d'information, et elle la juge indispensable même si elle est moins fréquente que les sauvegardes en ligne.

Ensuite, des tests de restauration réguliers. La CNIL le dit sans détour : ne jamais contrôler ses sauvegardes expose à découvrir leur inutilisabilité au moment où elles sont nécessaires.

Enfin, la séparation. L'ANSSI demande que les serveurs de sauvegarde n'appartiennent pas au domaine Active Directory de production et utilisent une authentification indépendante, et la CNIL met en garde contre le fait de placer les sauvegardes sur les mêmes systèmes que les données ou au même endroit.

Un NAS qui sauvegarde un serveur dans la même pièce, relié au même réseau avec les mêmes identifiants, n'est pas une sauvegarde au sens de ces recommandations. Une copie dans un cloud qui se synchronise automatiquement avec une suppression accidentelle ou un chiffrement malveillant non plus, si elle n'a pas d'historique protégé.

Comment trancher

Notez, pour chaque usage, la criticité, la croissance prévue sur la période retenue, le coût de sortie estimé, et la compétence disponible pour l'exploiter. Beaucoup de PME aboutissent à un mélange : fichiers courants sur un équipement simple bien sauvegardé, applications critiques sur un service managé avec engagements écrits, sauvegarde hors ligne ailleurs. Ce n'est pas élégant, c'est cohérent avec les risques de chaque usage.

Ce qu'il ne faut pas faire : choisir au prix d'achat, puis découvrir que la panne dure bien plus longtemps que prévu, que la sauvegarde n'a jamais été restaurée et que personne ne sait comment partir.